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Saint Martin de Tours

Qui est saint Martin ? Pour certains, un homme… un grand homme ! ; pour d’autres, un évêque… un grand évêque ! Le troisième évêque de Tours (de 371 à 397) ; et pour l’Eglise, un saint… un grand saint !...  C’est, pour tous, l’homme du « manteau partagé ». C’est-à-dire celui qui, comme le Christ, a laissé parler son cœur… 

Un homme habité par le Christ...

Ce nom semble tellement connu, trop connu sans doute. Certes, il y a plusieurs saints portant le nom de Martin mais un seul est vraiment très connu et tous les autres lui doivent leur nom. Cet unique saint Martin n’est pas un personnage légendaire mais a réellement vécu au IVe siècle de notre ère. Sulpice Sévère, un riche avocat bordelais devenu adepte de l’ascétisme chrétien à la fin du IVe siècle, admirateur de Martin, décida de raconter sa vie, ou plutôt de faire l’éloge de sa sainteté. Ce qu’on appelle la vie de saint Martin, le texte fondamental qui nous permet de connaître Martin, n’est pas exactement une biographie mais, sous l’apparence d’un récit vif, concret et enthousiaste, c’est la démonstration des vertus d’un homme aspirant vers le Christ et habité par lui.

L'homme du manteau partagé...

Sulpice Sévère vivait et écrivait du côté de Carcassonne mais il est venu jusqu’à Tours pour rencontrer Martin, sans doute vers 395, vers la fin de la vie de celui qui était évêque de Tours. Martin était né en Pannonie, à Savaria, aujourd’hui Szombathely en Hongrie. Il fut élevé à Pavie en Italie du Nord. Son père, officier dans l’armée romaine, l’enrôla comme soldat et Martin servit dans la cavalerie impériale. Martin eut très tôt la volonté de devenir chrétien et de vivre une vie totalement consacrée à Dieu. Alors qu’il était en garnison à Amiens, en Gaule, un jour d’hiver glacial, un mendiant nu implora son secours. Martin, n’ayant plus d’argent sur lui, coupa son manteau en deux et en donna une moitié au mendiant. La nuit suivante, Martin vit en songe le Christ revêtu de la moitié de manteau donné au pauvre. Dès lors Martin est baptisé et va quitter l’armée.

Le fondateur de l'abbaye de Marmoutier...

A cette époque, l’évêque de Poitiers Hilaire avait une grande réputation de défenseur de la foi trinitaire. Martin le rejoint mais décline la fonction de diacre et repart vers l’Illyrie pour tenter de convertir ses parents – il obtient le baptême de sa mère – et combattre les ariens, chrétiens opposés à la Trinité. Après un long voyage, passant par Milan et Rome, Martin revient à Poitiers et Hilaire encourage son installation dans un ermitage à Ligugé où il attire des disciples. La réputation de Martin, faiseur de miracles, se répand et les tourangeaux, en quête d’un évêque, viennent le solliciter. Par ruse, ils parviennent à le faire venir à Tours et à l’élire évêque malgré l’hostilité de certains évêques voisins. Martin prend à cœur sa nouvelle fonction mais veut aussi rester moine et fonde, à proximité de Tours, le monastère de Marmoutier.

Martin ne limite pas son action pastorale au seul diocèse de Tours. Il voyage à travers la Gaule, lutte contre le paganisme par des actes spectaculaires mais surtout par des gestes de miséricorde : chasser les démons, guérir les malades ; guérisons miraculeuses qui jalonnent ses déplacements et que Sulpice Sévère décrit parfois sans les situer parfois en mentionnant précisément le lieu. A Trèves, une capitale impériale où Martin est venu plusieurs fois pour rencontrer l’empereur, il guérit une jeune fille paralysée. A Paris il guérit un lépreux par un baiser, à l’endroit où la tradition fixa ensuite la puissante abbaye de Saint-Martin des Champs. Mais il parcourait aussi les campagnes, autour de Chartres, de Sens, d’Autun, de Bourges, et gagnait les paysans au christianisme.

Dans une lettre ajoutée à la Vie, Sulpice Sévère décrit la mort de Martin. Malgré son âge et sa fatigue, il se rendit à Candes, une paroisse qu’il avait fondée à la confluence de la Loire et de la Vienne. Il voulait apaiser une querelle entre les clercs de l’endroit. Il y réussit et mourut pieusement dans ce village. On rapporta sa dépouille à Tours au milieu de toute la foule des tourangeaux, citadins et paysans, et plus encore près de deux mille moines accourus de partout participèrent à ce deuil universel. Il fut inhumé dans un cimetière à l’ouest de la cité gallo-romaine.

Evêque de Tours en 371...

Son successeur, l’évêque Brice, disciple récalcitrant, finit par honorer le tombeau d’un petit édifice, bien vite insuffisant pour les nombreux pèlerins. Entre 460 et 480, l’évêque Perpetuus fit construire une grande et magnifique basilique, qui devait être une des plus somptueuses de la Gaule et qui marquait avec éclat l’essor du culte de saint Martin. Enfin au VIe siècle, l’évêque de Tours Grégoire développa efficacement la mémoire de Martin. Il fit le récit des nouveaux miracles survenus sur le tombeau. Mais c’est aussi Grégoire de Tours qui, grâce aux archives de son Eglise, nous donne les dates essentielles de la vie de Martin, évêque de Tours en 371 et mort en 397, dates que Sulpice Sévère n’avait pas jugé utile d’enregistrer.

Les indications de Sulpice Sévère sont insuffisantes et apparemment contradictoires pour connaître précisément l’année de naissance de Martin. La tradition issue de Grégoire de Tours fait mourir Martin à l’âge de quatre-vingt-un ans. La date de 316 a donc une grande valeur et mérite d’être commémorée même si la recherche historique reste ouverte sur ce sujet. 

Un saint connu dans le monde entier

L’essor très rapide du culte de saint Martin aux Ve et VIe siècles se manifeste dans toute l’Europe, de l’Italie à l’Angleterre, de la péninsule ibérique au cœur de la Germanie. Les dédicaces à saint Martin sont extrêmement nombreuses partout en Europe et correspondent tantôt à l’affermissement de la foi trinitaire, tantôt à la christianisation des campagnes, tantôt à la première conversion au christianisme dans les pays qui n’avaient pas fait partie de l’empire romain, tantôt encore au développement du monachisme. Et toutes ces raisons peuvent s’additionner dans la dévotion à Martin. Charlemagne fit construire la Chapelle à Aix pour conserver la chape de saint Martin et les rois de France à partir du Xe siècle furent les abbés de la basilique tourangelle. Martin français par excellence ? Mais il est aussi un saint «  national  » en Allemagne ou en Hongrie. Enfin les missions chrétiennes dans le monde l’ont porté sur tous les continents, par exemple en Amérique latine ou aux Philippines.

Bruno JUDIC, professeur d’histoire du Moyen Âge à l’Université de Tours

POUR EN SAVOIR PLUS

Sur saint Martin et l’Année Saint Martin 2016 :

Sur la basilique Saint-Martin :

Sur la collégiale de Candes-Saint-Martin :

Sur l’abbaye de Ligugé :