Catégories
Archives
Evêques de France
Discours d'ouverture du Cardinal Aveline, président de la CEF, Conférence des évêques de France
Chers frères dans l’épiscopat,
C’est avec beaucoup de joie qu’au nom de Mgr Vincent Jordy, de Mgr Benoît Bertrand et de toute l’équipe du Secrétariat général, je vous souhaite la bienvenue pour cette nouvelle assemblée plénière de notre Conférence. Je salue également tous ceux qui nous rejoignent ce matin sur les ondes de KTO. Merci de vous associer de cette manière à la prière et au travail, de cette assemblée printanière, dans le cadre à la fois paisible et recueilli des Sanctuaires de Lourdes, où nous aurons la joie de célébrer demain la solennité de l’Annonciation du Seigneur.
L’Annonciation ! Te souviens-tu, Marie ? En cet instant d’éternité, tu aurais voulu arrêter le temps, retenir l’ange par le bout des ailes… Avant de te quitter, il t’avait confié le secret de la foi : « Rien n’est impossible à Dieu ». Et toi, tu lui avais offert le secret de ta joie : « Je suis la servante du Seigneur : que tout se passe pour moi selon ta parole ». Et sans que tu t’en aperçoives, la Parole en toi avait commencé à prendre chair. Et toi, figure de l’Église, tu la portes avec amour, cette Parole de Vie, de la crèche à la croix, de la mangeoire à la patène, pour reprendre la belle image de Mgr Paul Desfarges, archevêque émérite d’Alger, où le pape Léon se rendra après Pâques.
La mangeoire, comme la patène, en effet, accueillent le corps du Christ Jésus, dans la simplicité, la fragilité, la vulnérabilité et l’extrême confiance en l’humanité qui caractérisent tout autant le geste de Dieu dans l’Incarnation que celui de l’Église dans l’Eucharistie. Selon le postulateur de la cause de béatification des martyrs, le frère trappiste Thomas Georgeon, qui nous aidera vendredi à méditer sur les Martyrs d’Algérie au seuil de la Semaine Sainte, « tous les dix-neuf [martyrs] avaient en commun un même trait : un grand amour pour l’Eucharistie. Il est très significatif que cinq d’entre eux étaient été tués en allant à la messe ou en revenant. Ce n’est pas un Christ théorique qu’ils vivaient. C’est le Christ qui se donne dans son Corps eucharistique. » Offrir d’être là, priants parmi d’autres priants, demander humblement l’hospitalité, solliciter l’amitié et y être fidèle, envers et contre tout : tels furent les gestes fondateurs qui ont permis à l’Église d’Algérie de rester présente au peuple algérien après que celui ci eut obtenu son indépendance. La haute stature humaine et la grande profondeur spirituelle du cardinal Duval avaient encouragé et accompagné cette conversion intérieure de l’Église, lorsqu’elle dut abandonner les prérogatives que lui conférait la colonisation et faire la preuve de son amour pour le peuple algérien, dont elle s’engageait à partager le destin sans vouloir le contraindre à partager sa foi. Et lorsque s’abattirent sur l’Algérie les terribles épreuves de la décennie noire des années 1990, le cardinal Duval, encore lui, sut trouver les mots pour aider cette Église à ne pas fuir le destin de ce peuple, à rester là, à se tenir avec, cum-stare, dans la constance et la confiance, comme il y exhortait Christian de Chergé, prieur de Tibhirine.
Tout au long de cette petite semaine, comme à chacune de nos assemblées plénières, nous allons devoir aborder bien des sujets, tenter d’élaborer quelques discernements, échanger entre nous et avec des experts sur la situation du monde, comme ce soir avec M. Frédéric Encel, essayiste et géopolitologue, spécialiste du conflit israélo-palestinien. Mais le plus important, nous le savons tous d’expérience, c’est de pouvoir vivre tout cela ensemble, différents les uns des autres, mais profondément unis au Christ par la prière, l’écoute de sa Parole et la célébration de l’Eucharistie, dans une collégialité simple et fraternelle, à l’écoute de la vitalité, mais aussi des inquiétudes et des souffrances du peuple que Dieu nous a confié. Cum-stare : se tenir avec, rester avec, persévérer avec. C’est bien notre joie, comme évêques, même s’il nous en coûte parfois, lorsque les soucis s’accumulent ! Et comme il importe que nous apprenions à nous aider les uns les autres sur les chemins parfois austères de notre ministère.
Source : CEF
TELECHARGER le discours
















