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Fin de vie

Que penser de la proposition de loi sur "l'aide à mourir" ? Réponse du père Bruno Guicheteau.

En juin dernier, pour ses paroissiens, le père Bruno Guicheteau a écrit quelques lignes toujours d'actualité.* 

« Tu ne tueras pas »

La perspective d’une loi sur l’aide à mourir et le suicide assisté doit provoquer une réflexion, un sursaut pour la vie, un désir de ne pas se résigner face à la tentation de la mort. 

Oui, les souffrances d’une personne peuvent devenir telles qu’elle ait envie de partir, de mourir, de quitter la scène de la vie. L’angoisse, la peur de souffrir encore plus l’étreignent. Cependant, les soins palliatifs ont fait des progrès énormes pour soulager la douleur. Ne peuvent-ils pas en faire encore plus pour des cas extrêmes ?

Notre société porte un intérêt très fort pour les avancées techniques et technologiques sur bien des sujets. Manquerait-elle tout à coup de cet intérêt, de créativité, d’esprit combatif et d’espoir pour les questions d’accompagnement des souffrants ? Ou bien compte-t-elle faire des économies sur le dos de la vie des gens ? La vie humaine est-elle si peu précieuse qu’on en vienne à décréter que rien ne sera possible dans un avenir proche ? La science se trouve grandie quand elle sert la vie plutôt que la mort. Donnons leur chance aux chercheurs, aux médecins et aux soignants ! 

Devant une personne devenue extrêmement dépendante et réduite à une existence très limitée, qui peut juger de la valeur de son existence et de sa dignité ? Où va-t-on en placer le curseur ? Quel va être le degré de dépendance, devenu intolérable ? Selon (le projet) la loi, chacun sera juge pour lui-même et on devra respecter ce jugement. Mais le jugement que l’on a sur soi dépend aussi du regard porté par les autres, par l’entourage, par la société. C’est un leurre de prétendre à l’autonomie absolue du jugement. Une personne peut-elle se voir digne de vivre quand autour d’elle, non seulement on acquiesce à son suicide mais qu’au fond on l’encourage ? On dit : « Qui ne dit mot consent » ; mais il faut plutôt dire : « Qui ne dit mot encourage ». Triste société que celle qui ne donne plus à ses enfants le goût de se battre, d’être accompagné aussi, de se laisser aider, d’espérer. Il n’y a pas de honte à être dépendant et à se faire aider. Au contraire, c’est le signe d’une grande humilité, fort utile pour tout le monde ! Les générations futures nous jugeront sur le manque d’esprit positif et combatif, sur le manque d’humilité et de vraie fraternité vers lesquels glisse notre société d’aujourd’hui ! 

On le voit, poser la question de donner la mort sème une confusion sans fin dans nos esprits. Finalement, le dernier mot ne revient-il pas à la sagesse infinie de notre Père des Cieux : « Tu ne tueras pas » ? Et notre apostolat ne pourrait-il pas se nourrir de cette pensée si profonde de Paul Claudel : « Jésus n’est pas venu supprimer la souffrance. Il n’est pas venu l’expliquer. Il est venu la remplir de sa présence », et on peut ajouter : « de sa présence aimante. »

Père Bruno Guicheteau, curé de la paroisse Bienheureuse Jeanne-Marie de Maillé

En savoir plus

Sur le site de la CEF, Conférence des Evêques de France

Débat en cours à l'Assemblée Nationale et au Sénat

* "Cette proposition de loi vise à créer un droit à l'aide à mourir accessible aux personnes souffrant d'une affection grave et incurable qui engage le pronostic vital. Elle a été adoptée par l’Assemblée nationale le 27 mai, modifiée et adoptée par la commission des affaires sociales du Sénat le 7 janvier et sera discutée par les sénateurs en séance publique à partir du 20 janvier 2026. Une proposition de loi sur les soins palliatifs est examinée concomitamment. "

Source : Sénat